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Hommage à ma petite Mamy

07/05/2017

Maman s'est éteinte le 20 février 2017.  Elle avait 93 ans et cela faisait 59 ans que nous nous connaissions.  Un parcours, une tranche de vie commune qui laissent des marques et que j'ai besoin de parcourir encore, histoire d'en faire... une histoire.  Pas toute une histoire, juste une histoire.  La mienne, la nôtre.  Une histoire simple en quelque sorte.  Mais est-il, entre une mère et sa fille, une histoire simple ?

 

Quand l’un de nos parents s’éteint, c’est un peu de nous qui s’éteint avec lui, c’est un peu de cette protection dont nous sommes si dépendants qui s’effrite.  Quand c’est une maman qui s’éteint, c’est la maison qui nous a abrités qui s’écroule, c’est l’origine même de notre vie qui s’éclipse.  On dit que la mort d’une mère, c’est le premier vrai chagrin qu’on vit sans elle… 

 

Petite Mamy,

 

J’ai bien sûr, au fond de moi, de la peine à être séparée à nouveau de toi, à savoir que, cette fois, je ne te verrai plus de mes yeux terrestres, que je ne pourrai plus ni te toucher, ni te parler, ni t’embrasser.  Mais ton départ, pour moi, n’est pas à proprement parler un chagrin.  Il est juste un au revoir.  Il y a bien longtemps que les océans m’ont ballottée loin de toi.  Tu les as tous traversés pour venir t’imprégner de mes différents pays et je t’en suis tellement reconnaissante !  C’est, parmi tous les cadeaux reçus de toi, l’un de ceux qui m’a le plus touchée : que tu viennes t’enquérir de mes lieux de vie et te mettre au diapason de mes choix parfois étranges. 

 

Au Japon, tu avais 73 ans quand nous t’avons mise aux baguettes à table et aux pieds nus dans les maisons.  Au Bénin, à 75 ans passés, tu t’es juchée sur le toit d’une jeep pour explorer la savane à la rencontre des lions et des éléphants.  Au Québec, à 82 ans, tu as conquis les grands espaces, résisté aux maringouins et aux mouches noires, fait des ventrées de bleuets, découvert les baleines à bord d’un zodiac à fleur d’eau, touché le cœur de mes amis et compris pourquoi j’avais enfin trouvé, auprès d’eux, dans ce contexte, une terre d’enracinement pour mes enfants,

 

Je sais que, au fond de toi, mes départs te coûtaient.  Tu les as pourtant acceptés, soutenus, me répétant inlassablement que toi aussi, un jour, tu avais choisi de partir…  Côté séparations, nous avons brillamment réussi, l’une et l’autre, quelques stages difficiles !

 

C’est à ton tour à nouveau, maman, de t’en aller et de rejoindre ce monde de l’enseignement suprême, ce monde où je te sais accueillie avec ces sommes colossales d’amour et de lumière auxquelles ont droit les âmes qui s’envolent pour s’élever vers le divin.  Je t’envie presque de découvrir un tel voyage où on échappe à l’inconfort d’un siège, à une pitance insipide, au décalage horaire...  Ton voyage à toi, c’est le plus merveilleux des voyages, un voyage où l’on est entouré d’âmes qui ont pour seule mission de guider, d’apprendre, d’adoucir les dernières marches à gravir, de les couvrir de pétales de roses odorants et colorés.  Ton voyage à toi, c’est un voyage à bord d’un vaisseau d’amour, un paquebot de lumière, une croisière au pays des anges. 

 

Ma chère maman, ma petite Mamy, celle qui ne répondait qu'à de doux noms de la part de ceux qui t'aimaient, autant de noms qui t’ont désignée et qui disent l’attachement qu’une si longue vie a tissé entre toi et ceux qui ont croisé ta route.  Du plus loin que je me souvienne, gravitaient autour de toi des personnes dont tu étais la référence, impossible modèle pour cette petite fille difficile qui pensait ne jamais pouvoir te ressembler.  Le temps, cet ami fidèle et qui ne nous lâche jamais a, peu à peu, remodelé tes chaussures à ma taille et celle que je suis devenue te doit beaucoup. 

 

Je te dois d’abord et avant tout la vie.  C’est tellement énorme et mystérieux que de recevoir une vie, de pouvoir vivre une vie.  Elle est le point de départ de tout ce qui nous arrive ensuite et c’est à toi que je la dois.  Tu es ma première maison, mon premier abri, mon havre de toujours.  De cela, petite Mamy, je te remercie.

 

Je te dois les trésors de tendresse, d’affection et d’amour dont je suis capable, trésors qui coulent dans mes veines et s’expriment dans mes émotions et ma chaleur, des trésors qui m’ouvrent bien des portes et m’offrent bien des foyers.  De cela, petite Mamy, je te remercie.

 

Je te dois mon éveil à la spiritualité qui, si elle s’est éloignée ou différenciée de la tienne, a toujours fleuri des mêmes fleurs sur un chemin tout à côté du tien.  Tu as su accueillir mes errances, écouter mes explorations, t’intéresser à mes théories et vibrer à mes découvertes, sans jamais émettre de jugement.  De cela, petite Mamy, je te remercie.

 

Je te dois la plupart des valeurs qui constellent ma vie et orientent chacun de mes choix.  Elles ont permis à ma trajectoire de ne jamais dévier de ces fondements qui, profondément, ancraient la tienne : loyauté, honnêteté, fidélité, ouverture, altruisme, respect, courtoisie, générosité, tolérance, responsabilité, engagement, amour et compassion.  De cela, petite Mamy, je te remercie.

 

Je te dois ma fascination pour l’ailleurs.  Ce papa français que tu nous as choisi, à mes frères et à moi, au cœur de l’Afrique, pour mettre au monde tes enfants m’a transmis par toi, avec toi, le désir d’explorer la terre et ses civilisations.  Tu as accueilli pleinement et fièrement mon mari japonais, tu as craqué profond pour mes enfants africains et été, pour eux, une grand-mère adorable et aimante, leur Bonne-Maman.  Il est passé entre eux et toi des courants d’infinie tendresse dont ils gardent la marque comme un sceau d’appartenance imprimé tout au fond de leur cœur.  De cela, petite Mamy, je te remercie.

 

Je te dois ma passion et mes dons pour l’enseignement.  Je sais que tu étais fière de cette relève et que tu adorais cet héritage laissé à ta fille.  Je partage cette fierté et me la garde pour toujours.  Je conjugue, j’accorde, et je compose au gré d’une plume qui me vient de toi et dont tu as lissé les barbes dès mon plus jeune âge.  Tu m’as appris à aimer les mots, à les traiter comme des petites vies à qui on doit le respect, qu’on agence avec harmonie et déférence, qu’on manie avec grâce et élégance, qu’on tricote avec art et rigueur.  De cela, petite Mamy, je te remercie.

 

Je pourrais parler de toi, avec toi, des heures durant, comme nous l’avons fait, si souvent, tout à l’intensité de nos retrouvailles occasionnelles.  Mais je garde dans un éternel huis clos fait de nous deux de chaudes heures d’échanges ultérieurs où nous ne cesserons de nous dire combien nous nous aimions, combien nous nous aimions.  Il me reste cependant une chose à te raconter, un merci à te dire ici et maintenant.

 

J’ai vécu, quelques-uns de tes derniers jours terrestres.  Ce que j’y ai reçu de toi dépasse tout ce que j’avais déjà : une complicité unique et si forte, une tendresse profonde et si palpable, un amour d’une savoureuse délicatesse.  Ces échanges volés au temps avant ton départ ont inondé mon cœur de joie et de sérénité.  Je ne pensais pas en te murmurant, en clin d’œil, une invitation à venir me rendre visite au Canada dès ton arrivée dans le monde invisible, que tu allais réaliser mon vœu aussitôt.  Or, j’ai vécu, j’ai ressenti, dès le jour de ton départ, l’intensité de ta présence, avec une force, une réalité que j’ignorais possibles.  Je me suis sentie habitée par toi, plus avec moi que jamais auparavant.  Et cette présence, quasi physique, me confirme que la mort n’est qu’un au revoir et n’a rien de triste, ne crée pas de chagrin quand elle est juste l’aboutissement d’une belle et longue vie d’amour comme la tienne.  De cela, je te remercie et pour cela, et tout le reste, je t’aime plus fort encore, pour toujours et à jamais.

Avec toute ma tendresse, ta fille,

B., le jour de ton enterrement


Puisse cette bruyère te ramener autant dans tes Ardennes natales
que sur cette lande bretonne qui t'a si bien adoptée...

 

 

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